Un homme et plusieurs vies

8H15 – Sur le chemin de l’école -

Il y a un grand carrefour, point de rencontre stratégique entre ceux qui partent à la gare, ceux qui partent travailler, ceux qui vont vers les écoles x,y et ceux de l’école z qui continuent tout droit. Des bus, des voitures en pagailles, des klaxons, bref un matin comme tant d’autres dans l’agitation de ce créneau horaire.

Ce matin il y avait aussi un homme, agenouillé et une allure pas très avenante. A coté de lui un jeune homme et une femme très propres sur eux. Tous deux furent vraisemblablement quelques minutes plus tôt sur le chemin de leurs journées respectives. L’espace d’un instant, de quelques minutes ils ont appuyé sur le bouton  » pause », pour lui. Ces gens existent  encore, heureusement .

Et cet homme, qui pleurait, au bord du trottoir. Cet homme qui aurait pu être chacun de nous, qui a eu une vie avant, et qui se retrouve là, à errer dans la nuit, en cherchant de l’aide. Celui qu’on aurait pu croiser dans le bus, à un dîner, à une conférence.

Ces larmes, si déstabilisantes. Quelle vie a t-il eu avant? Pourquoi? Et comment?

Pourquoi de plus en plus de personnes qui ont eu un boulot se retrouvent-ils à dormir dehors? Et ceux qui se donnent un maximum d’énergie pour trouver des boulots se retrouvent à la rue, bannis par leur famille, leurs amis? Exit la vie sociale, exit le pouvoir d’achat, exit les petits bonheurs du quotidien.

La rue entrainant la rue et il est de plus en plus difficile d’en sortir.

Et ces larmes, ce regard triste. Cet appel  » au secours » dans la frénésie matinale.

Alors quand j’ai vu cet homme, ces larmes, et ces deux jeunes gens auprès de lui, je me suis dit qu’on pouvait clairement relativiser les tracas quotidiens, les hausses d’impôts, les baisses d’allocs et les baisse de congé parental, la panne de la chaudière, le mur qui s’écaille, la jupe qu’on ne s’achète pas, le mal de genou..

SDF

8 Comments on Un homme et plusieurs vies

  1. Amelie
    novembre 4, 2014 at 4:12 (1 mois ago)

    Merci Camille. Cet homme aurait pu être Francis B mon grand-père. Il a décidé de quitter une vie cossue quand ma mère a eu 18 ans. Partir pour être plus libre et décidé de ne faire que ce qui lui plaisait et quand il le voulait. Boire faire la fête, la rue le caniveau et tout le reste était devenu son quotidien. Un jour elle l a vu revenir chez nous et nous l a présenté. Cet homme qu elle n avait jugé était près à faire partie de notre famille de nouveau. On aura vecu 2 ans de bonheur et de joie avant que le cancer l emporte mais il est parti le coeur leger et maman aussi. A chaque fois que j aperçois un homme ou une femme dans la rue je me dis qu il y peut être quelqu un qui prie pour lui ou l attend comme nous l avons fait. J apprends a mes enfants a ne pas détourner le regard et les invite à ne pas juger non plus. On ne sait pas de quoi demain sera fait et il faut cherir chaque moment

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  2. MAUNIER
    novembre 5, 2014 at 9:08 (1 mois ago)

    Si tu savais……. Je pourrai être une de ces personnes depuis très longtemps, et peut être encore plus maintenant.
    Maman en plein de burn out, et balayée par un tsunami émotionnel difficilement avouable.
    Je te livre ces quelques mots en toute humilité, juste comme un humain fait de failles.

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  3. Charlotte
    novembre 5, 2014 at 9:12 (1 mois ago)

    Et l’on voudrait être celui ou celle qui a le courage de s’arrêter un instant…ne pas être celui qui passe son chemin et détourne son regard…
    Je t’embrasse…

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  4. Véronique
    novembre 6, 2014 at 2:07 (1 mois ago)

    Merci Camille pour ce recit plein d’humanité et merci infiniment à Maunier et Amélie pour leur temoignage.
    Grace à vous trois mon apres-midi commence différement.
    Et bon courage Maunier j’espère que vous trouverez le soutien que vous semblez tant chercher.

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  5. Valérie
    novembre 9, 2014 at 11:04 (4 semaines ago)

    Tout cela me bouleverse, tant de détresse autour de nous. La chute peut être tellement rapide de nos jours. Merci Camille pour ce témoignage, vous avez tellement raison. Maunier, j’espère de tout coeur que votre situation s’arrangera, gardez espoir et bon courage.

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  6. clarou
    novembre 13, 2014 at 10:55 (4 semaines ago)

    Il est très beau ton texte Camille. Et c’est une parenthèse bien utile dans nos vies parfois trop remplies où on a du mal à discerner ce qui est grave de ce qui ne l’est pas. Merci Camille.

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  7. adeline
    novembre 18, 2014 at 5:27 (3 semaines ago)

    Et puis il y a ceux qui habitent juste à côté, notre voisin, notre voisine. Celle dont on sait que ses journées sont longues et difficiles. Celle dont on connaît la solitude mais qui cache sa détresse dans un sourire. Alors même si on habite à quelques mètres, même si on a le temps on n’a pas envie de lui faire face. On a bien essayé quelques fois mais finalement on a réussi à trouver une excuse et puis une autre et on a laissé filer les jours et les mois. La voisine est toujours chez elle. On lui dit qu’on prie pour elle mais finalement même ça on ne le fait pas. Mais elle nous sourit quand même lorsqu’elle nous aperçoit alors ça va…

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  8. laurence
    novembre 19, 2014 at 12:33 (3 semaines ago)

    Bonjour,
    je vous lis avec grand plaisir depuis quelques temps déjà sans poster de commentaires, et cette fois votre texte m’a donné envie de réagir. Il m’a rappelée une anecdote survenue il y a quelques années et qui m’a marquée… Soir du 24 décembre, nous arrivons dans une église parisienne bondée, il reste une place assise entre une petite famille très chic et une vieille dame emmitouflée dans un manteau de fourrure. Je m’assieds. Et m’aperçois assez rapidement qu’il y avait une raison pour que cette place soit restée libre… La vieille dame dégageait une odeur difficilement supportable, mélange de crasse, d’urine et de naphtaline. Gros dilemne. Puis-je me relever et partir, comme d’autres ont du le faire avant moi? Dois-je rester par politesse et essayer de m’habituer à l’odeur? Je choisis donc de rester, me tournant discrètement pour respirer et gardant mon écahrpe très près de mon nez. La messe se déroule, et puis au moment du geste de la paix, je me tourne vers ma voisine pour lui serreer la main et la vois s’illuminer. je n’oublierai jamais ce visage tout ridé éclairé d’un grand sourire un peu édenté, et l’émotion que j’ai ressentue. A la fin de la messe tout le monde repartait pressé de retourner aux préparatifs du réveillon, j’allais rejoindre ma famille mais je me suis retournée et l’ai vue, seule sur sa chaise, et je suis revenue sur mes pas, lui ai touché le bras en lui souhaitant un bon Noël. Nouveau souirire. Et je suis repartie le coeur serré, consciente que je ne pouvais pas inviter cetet inconnue à la table de mes parents, mais consciente aussi qu’elle repartait sûrement vers un logis solitaire.

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